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25juin2014

Recommandations

Après une première phase de recensement des observatoires du genre dans le monde francophone, le ROEG a fait appel à un cabinet indépendant pour mener une étude comparative de ses observatoires membres de Janvier à Mars 2014. L’étude a eu pour objet de répertorier les pratiques, les moyens d’actions et les contraintes liées à l’observation du genre, un préalable à l’élaboration d’une stratégie d’action commune du ROEG dans le cadre de l’Agenda Post-2015. Nous publions ici le rapport final de l’étude menée par le cabinet béninois Yara Obirin Didé.

8 observatoires francophones ont participé à l’étude qui a duré 8 semaines :

  • Observatoire National de la Parité (ONP) du Sénégal
  • Observatoire Régional du Genre et Développement de Matam – ORGM (Sénégal)
  • Observatoire du Genre de Saint Louis – OGDSL (Sénégal)
  • Observatoire des relations de Genre au Sénégal – ORGENS (Sénégal)
  • Leadafricaines (Côte d’Ivoire)
  • SiMIRALENTA (Madagascar)
  • Network for More Women in Politics – Réseau de soutien à la participation politique des femmes (Cameroun)
  • Association pour la Promotion de la Femme et le Développement – APDF (Togo)

L’étude comparative a été réalisée selon une méthodologie fondée sur une approche participative, basée sur la construction commune avec les représentant-e-s des observatoires partenaires du ROEG en plusieurs étapes : revue de littérature, typologie des observatoires, discussion en ligne, autoévaluation, évaluation par les pairs. Les résultats de ce processus ont été validés au cours d’un atelier régional organisé à Dakar les 16 et 17 avril 2014.

Résumé de l’étude

Statuts des observatoires : Deux types d’observatoires ont été étudiés : des observatoires publics (ONP, OGDSL) et des observatoires de type associatif, plus nombreux (Leadafricaines, ORGM, ORGENS, APDF, SiMIRALENTA, Réseau de soutien à la participation politique des femmes). Les objectifs des observatoires sont diversifiés, mais à part quelques-uns, ils restent peu ciblés sur leurs rôles régaliens de veille, de lobbying et plaidoyer pour interpeller les choix et orientations stratégiques des décideurs en faveur de l’équité et l’égalité de genre. Ces objectifs sont plus tournés vers la promotion de la femme que l’application de l’approche genre qui recommande de veiller à l’équité entre les femmes et les hommes. Les principales thématiques traitées sont relatives à l’éducation des filles, l’autonomisation économique des femmes, la participation des femmes aux instances de décisions, le renforcement des capacités des acteurs…

Bien que conformes aux actions d’un observatoire type identifiées lors de l’atelier de Turin (2011), les actions sont diversifiées, plus tournées vers l’exécution d’actions de développement que vers le suivi des évolutions en matière d’équité et égalité entre les femmes et les hommes. Seuls les observatoires publics restent essentiellement dans le rôle de veille (études/recherche, collecte et analyse de données secondaires, documentation, publication…).

Les actions de lobbying et plaidoyer sont présentes, mais plus souvent construites sur les données primaires produites par des structures nationales (c’est le cas dans le travail de SIMIRALENTA, ORGENS, Leadafricaines) que sur la collecte de données propres aux observatoires eux-mêmes. Ce constat pose la question des actions qu’un observatoire peut réellement mener pour atteindre efficacement ses objectifs de veille et d’interpellation des acteurs politiques aux niveaux macro, méso et micro. Les actions identifiées à Turin semblent couvrir un spectre trop large pour permettre aux observatoires de se focaliser sur leurs rôles régaliens. Il convient de cibler davantage les observatoires sur la veille et l’interpellation des acteur-trice-s du développement – notamment les décideurs.

Les observatoires ayant fait l’objet de notre étude ont mentionné des indicateurs parmi lesquels certains sont présents dans les systèmes nationaux et supra nationaux  (Indice de la condition de la femme -IFC; Tableau de bord de la promotion de la femme-TBPF). En général des mécanismes sont en place dans les pays pour collecter – tant bien que mal – les données nécessaires pour documenter ces indicateurs. Les autres indicateurs mentionnés ne répondent pas toujours aux critères d’un indicateur SMART et nécessitent la mise en place de mécanismes de collecte et de traitement des informations pour lesquels les observatoires n’ont pas réellement des compétences techniques internes solides. Il n’existe pas à ce jour au niveau de ces observatoires des bases de données fiables et à jour. En outre, les observatoires initient peu de recherches sur les thématiques traitées et capitalisent peu leurs expériences dans la production de documents (rapports, factsheets, notes techniques, publications périodiques…).

 En première ligne des difficultés mentionnées se trouve la question du financement des observatoires. Les Etats sont quasi absents. Les observatoires sont surtout appuyés par les partenaires au développement, des sponsors et quelquefois fonctionnent sur fonds propres. Ensuite, on note la faible compétence technique des ressources humaines, l’inadéquation des indicateurs et la quasi-absence de réels mécanismes de collecte et d’analyse de données quantitatives et qualitatives pour le suivi de ces indicateurs.

Quelques résultats et des bonnes pratiques

Malgré ces faiblesses et difficultés, des résultats ont été notés dans le domaine de l’application de la loi (ONP – loi sur la parité), l’application du genre dans les curricula de formation dans l’enseignement primaire (ORGENS), la participation des femmes aux instances de décision (Leadafricaines, Network for More Women in Politics), la création d’une dynamique régionale pour l’application du genre (ORGM) et l’application transversale du genre (SiMIRALENTA). Ces résultats sont mentionnés sans que les observatoires puissent démontrer clairement les techniques et outils de leurs mesures. Il n’existe pas encore un mécanisme de suivi des résultats et de mesure des effets et impacts des actions de ces observatoires sur la réduction des inégalités de genre.

Néanmoins, de bonnes pratiques ont été identifiées à plusieurs niveaux :

  • Indicateurs de suivi SMART mais surtout reconnus aux plans national et international (ONP, OGDS, ORGENS) ;
  • Approche participative  (éducation des enfants, lutte contre les VBG…). Les expériences partagées par ORGENS sont pertinentes en la matière ;
  • Ancrage au niveau local (collectivités locales, administrations déconcentrées) : appropriation, adhésion des acteurs locaux  (ORGM, OGDS et dans une moindre mesure ORGENS)
  • Autonomie matérielle et financière : importante pour assurer son autonomie vis-à-vis des pouvoir publics ;
  • Développement de partenariats solides aux niveaux macro, méso, micro ;
  • Production d’outils de communication genrés (manuels scolaires par exemple, affichage,…) pour influencer au quotidien  les mentalités de la population (ORGENS, Leadafricaines, ORGM), périodiques thématiques (Network for more women in politics).

 

Recommandations

De cette étude, plusieurs recommandations peuvent être tirées, s’adressant au Réseau des Observatoires de l’Egalité de Genre et ses parties prenantes, aux observatoires de l’égalité, et à l’ensemble des acteurs de l’observation du genre. Ces recommandations sont les suivantes :

A l’attention du ROEG

  • Initier et exécuter un programme de renforcement des capacités des observatoires sur les aspects techniques de leur mission de veille : identification des indicateurs sexospécifiques pertinents, démarche et outils de collecte de données, méthodes de traitement et d’analyse des données quantitatives et qualitatives, méthodes et outils de lobbying et plaidoyer, démarche de recherche de financement ;
  • Créer un creuset d’échanges d’expérience entre les  observatoires membres du ROEG pour partager leurs expériences, en tirer des leçons et mettre à l’échelle les bonnes pratiques.

A l’endroit des observatoires

  • Renforcer le rôle premier des observatoires : les observatoires doivent mieux cibler leurs buts, objectifs et actions sur le rôle primaire de veille et de dialogue politique en faveur de la réduction des inégalités de genre. Les rôles secondaires des observatoires de type associatif peuvent contribuer à renforcer le rôle primaire de veille par l’application des recommandations issues de l’observation à travers des actions de développement ;
  • Spécialisation thématique : il importe que les observatoires évitent la dispersion de leurs actions en se spécialisant sur des thématiques spécifiques afin de développer leurs compétences et des propositions pertinentes pour influencer les politiques nationales et locales en la matière ;
  • Adéquation des actions à la problématique genre et intégration d’une méthodologie féministe qualitative et participative : travailler sur les inégalités de genre (hommes/femmes) au niveau des catégories sociales de la communauté pour éviter de tomber dans le piège de la promotion de la femme dans un contexte d’application de l’approche genre et intégrer la dimension de l’intersectionnalité entre les discriminations de genre et d’autres natures (orientation sexuelle, âge, profil socio-économique, origine et nationalité…). L’utilisation des méthodes de recherches féministes permettra de collecter, de produire et d’analyser des données sexo spécifiques afin de comprendre les causes sous-jacentes des données illustrant les inégalités observées et d’en analyser les déterminants dans la construction des rapports sociaux de sexe ;
  • Capacités techniques : Renforcer les capacités techniques des membres des observatoires à différents niveaux pour assurer des résultats techniques fiables en vue du dialogue politique sur les problématiques centrales traitées. Les domaines de faiblesses techniques qui ressortent de l’étude sont :
    • identification des indicateurs sexo spécifiques pertinents ;
    • démarche et outils de collecte de données quantitatives et qualitatives ;
    • méthodes de traitement et d’analyse des données quantitatives et qualitatives ;
    • méthodes et outils de lobbying et plaidoyer ;
    • stratégie de communication et mise à l’échelle ;
    • stratégie de recherche de financement.
  • Mode de fonctionnement : se munir de plans d’actions pluri annuels pour orienter aussi les actions stratégiques et opérationnelles afin de renforcer l’efficacité des observatoires ;
  •  Mobilisation de ressources :
    • élaborer un plan commun de mobilisation de ressources auprès des instances nationales et supra nationales qui disposent de fonds pour l’observation des évolutions relatives au genre dans les pays (PTF, Système des Nations Unies, ONG Internationales…) ;
    • développer des activités (prestations de services telles que formations, édition et diffusion de documentation sur le genre,….) susceptibles d’apporter des ressources financières sans pour autant empiéter sur l’objectif d’observation et de veille. Cette démarche pourra permettre de renforcer leur indépendance vis-à-vis des acteurs politiques ;
  • Réseautage : Se mettre en réseau pour partager les expériences, leçons apprises et bonnes pratiques :
    • Coopération décentralisée entre les observatoires d’un même pays ;
    • Coopération sud-sud entre des observatoires de différents pays ;
    • Réseautage sur le plan international.

A l’attention des acteurs du genre et/ou du développement, étatiques et non étatiques (décideurs politiques, chercheurs universitaires, société civile, aux niveaux local, national, international)

  • Dans le respect des principes de bonne gouvernance et de démocratie participative, les Etats doivent contribuer au renforcement des capacités institutionnelles, techniques et logistiques des ressources humaines de ces Observatoires en vue de les rendre plus compétentes et viables. En outre, ils  sont invités à fournir aux observatoires citoyens de l’égalité de genre un soutien politique et financier en les impliquant effectivement dans l’élaboration, la formulation et le suivi/évaluation des politiques, stratégies et actions,  et en facilitant l’exercice de leur rôle de veille et d’interpellation (mise à disposition de données désagrégées selon le sexe, plateforme de dialogue politique, implication dans les processus de choix des orientations politiques et stratégiques de développement…) ;
  • Les organisations de la société civile sont invitées à travailler en synergie avec les observatoires, qu’ils soient publics ou associatifs, pour porter leurs interpellations afin de jouer réellement leur rôle de contre pouvoir. En outre , lLes données produites par les observatoires leur permettront de développer des programmes et projets ciblant spécifiquement les inégalités de genre identifiées. La question du genre est avant tout une question de redevabilité ;
  • Les acteurs de la recherche sont appelés à utiliser les données fournies par les observatoires et partager les objets et résultats de leurs recherches sur les évolutions des inégalités de genre avec les observatoires, non seulement pour enrichir leurs bases de données, mais aussi et surtout pour servir de levier à leurs actions d’interpellation, de lobbying et de plaidoyer auprès des acteurs étatiques et non étatiques (bailleurs de fond, organisations de la société civile nationales, régionales et internationales) en vue d’une réelle prise en compte du genre dans la planification du développement. De même, les chercheurs peuvent  apporter  aux observatoires un appui méthodologique dans la recherche (quantitative et qualitative approfondie), la documentation et la capitalisation des bonnes pratiques et leçons apprises ;
  • Les bailleurs de fonds (agences des Nations Unies, agences de développement et organisation bi- et multilatérales, fondations, fondations d’entreprises et philanthropiques, coopérations décentralisées …) sont à l’interface de la planification du développement et de l’observation des évolutions des inégalités de genre. A ce titre, ils sont invités à soutenir la recherche et le travail des observatoires (projets de collecte et d’analyse des données sur les inégalités de genre) par la mise à disposition de moyens techniques et financiers adéquats à l’atteinte de leurs buts.

Il importe aussi de coordonner les actions en synergie avec les observatoires en vue de mieux capitaliser les acquis de leurs activités en matière d’observation des évolutions des inégalités du genre, de recenser les bonnes pratiques et leçons apprises afin de passer à l’échelle. Cette mise à disposition de moyens techniques et financiers adéquats implique de favoriser les initiatives multi acteurs et de passer d’un schéma traditionnel du financement de projets-terrain à du financement de processus de suivi et évaluation et d’initiative sur le long terme (3 à 5 ans au minimum).

Télécharger l’étude complète (PDF – 885 Ko)

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